mercredi 19 juin 2013

Electrico W, d'Hervé Le Tellier


Peut-être as-tu manqué l'invitation à bord d'Electrico W d'Hervé le Tellier lors de sa sortie en 2011. Rassure-toi, c'est un retard qui fort heureusement se rattrape, et sa parution au Livre de Poche est un rappel complice. Tu peux enfin répondre de ton léger égarement et te laisser embarquer dans ce troublant voyage.  

Direction Lisbonne. Nous sommes en 1985 et Antonio (le photographe) y retrouve Vincent (le narrateur) pour couvrir le procès d'un tueur en série. Mais très vite la ville, qui recèle de jeunes femmes flamboyantes auxquelles il est bien difficile de résister, diffuse son envoutement. Les intentions se dispersent, des passions s'agitent et s'éveillent, et chacun succombe aux intrigues sentimentales.

Le séjour t'enchante. Tu te plais à suivre ces deux hommes au gré de leurs rencontres et de leurs souvenirs. Ce sont alors neuf journées dictées par neuf vies, neuf étapes qui semblent soudain nécessaires pour mener tant bien que mal ce jeu de l'amour et du hasard. A dire vrai, pour découvrir une grande, triste et belle histoire d'amour. 







dimanche 9 juin 2013

Ma grand-mère russe et son aspirateur américain, de Meir Shalev


Sur la couverture de Ma grand-mère russe et son aspirateur américain, de Meir Shalev, comme sur le pas d'une porte, une femme t'attend. Sans même te soucier des présentations d'usage, tu sens tout de suite que tu viens de te fourrer dans une drôle d'histoire.

Sois donc le bienvenu chez Tonia de Nahalal, la grand-mère maternelle de l'auteur, celle qui avait déclaré la guerre à la saleté et la poussière, celle qui un jour reçut d'Amérique un aspirateur. Et te voilà embarqué - c'est absurde mais ô combien jouissif - dans les aventures de ce sweeper, arrivé là pour faire le ménage au moshav. Une ambition mise à rude épreuve par la principale concernée elle-même, alors qu'elle faisait figure de partenaire idéale. Mais c'était sans compter sur sa logique implacable...

(Tu vas ainsi découvrir le paradoxe de l'aspirateur. N'oublie pas une des lois fondamentales qui régissent notre monde : rien ne se perd, rien de se crée, tu es né poussière et tu redeviendras poussière.) 

Je ne t'en dirai pas plus. Je ne tiens surtout pas à te gâcher quelques éclats de rire. Sache cependant que si l'appareil reste le fil conducteur de ce récit, il n'en est pas moins un fabuleux prétexte pour raconter avec humour et tendresse la vie de la ferme familiale.

Oui, un aspirateur ne t'aura jamais donné autant de plaisir... de lecture, c'est entendu.  

lundi 3 juin 2013

Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage, d'Elisabeth Bailey


Tu dois à ta curiosité qui, qu'on se le dise, n'a rien d'un vilain défaut, de t'être penché sur ce roman au titre intriguant mais néanmoins poétique, Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage, d'Elisabeth Bailey. Tu ne le sais peut-être pas encore, mais tu tiens dans tes mains une étonnante et bien belle surprise. 

Attention, il ne faut pas pousser trop loin dans la fantaisie, ce n'est pas non plus  l'histoire d'un escargot déchaîné qui va t'être racontée. Mais tu vas vite comprendre qu'il s'en passe des choses dans une vie de gastéropode, particulièrement quand elle se mesure à celle d'une narratrice gravement malade, condamnée à rester alitée et dont la principale occupation se tourne alors vers la contemplation. 

Ainsi débarqué dans un pot de fleurs, il réussit à s'imposer, à devenir un compagnon exclusif et salvateur. Car miraculeusement, il passionne, au point de réveiller cette chère Elisabeth qui compte bien, observations et recherches à l'appui, rendre à son petit compagnon ses lettres de noblesse. Et la voilà qui t'ouvre les portes d'un univers que tu n'osais imaginer : c'est que ce mollusque avec sa maison sur le dos est plus intéressant (et intelligent) qu'il n'y paraît. 

Ne t'en cache pas, tu es totalement charmé par cette drôle d'histoire de guérison. Tu tiens surtout à saluer la fraîcheur et l'esprit qui s'y dégagent. Sans eux, tu ne te plairais pas à conclure qu'un escargot peut te faire vivre une belle aventure et même sauver des vies.  

mardi 28 mai 2013

Dans ma chambre, de Guillaume Dustan


A l'occasion de la parution chez POL des oeuvres complètes de Guillaume Dustan*, tu te décides enfin à ouvrir les pages de son premier roman paru en 1996, Dans ma chambre

Tu t'apprêtes à vivre une expérience de mise à nu des plus absolues. Ces pages dégorgent de sexe, les baises s'enchainent à un rythme effréné et jamais ne se ressemblent. Tu te retrouves en apnée, jambes croisées et bien serrées, à suivre ces ébats qui tendent vers une banalité affolante. 

Tu dois comprendre que rien ne te sera épargné. Car avec Guillaume Dustan, tout y passe. C'est vain, trivial, midinette, scabreux, obscèneludique, décevant, excitant, révoltant, mortifère, émouvant. Et par dessus tout, tu as cette impression de mise en danger, comme s'il fallait aller toujours plus loin, sans jamais lâcher prise pour autant. Comme si c'était une question de survie.
Tu acceptes cette vérité qui te heurte parfois, mais qui ô combien te réveille

*Œuvres I, regroupant Dans ma chambre, Je sors ce soir, Plus fort que moi,  édition de Thomas Clerc.



lundi 20 mai 2013

Les Saintes du scandale, d'Erri de Luca



Tu n'es pas très au fait de ces affaires-là. Les Ecritures, ce qu'on en fait, pour toi, c'est comme avancer en terrain miné. Pourtant, tu perçois dans ce titre au doux parfum de provocationLes Saintes du scandale une invitation. Quant à Erri de Luca, tu as eu vent de son attachement au texte* et pour saluer son initiative, tu acceptes d'entendre ses mots.

C'est une histoire de femmes (ça, tu t'en doutes), d'exil et d'abandon. On raconte que Tamàr, Rahàv, Ruth, Bethsabée et Miriam-Marie, un jour, se mettent sur le chemin de Dieu. Pour cela, elles sont prêtes à mettre leur corps à contribution. Elles finiront par s'inscrire dans la plus passionnantes des lignées. 

Tu remarques avec étonnement que même rachetées par le fruit de leurs entrailles, ces femmes passent pour des Marie-couche-toi-là en puissance. Ma foi, on te fait croire bien des choses. Et l'hypocrisie ne s'arrête pas là, quand c'est tout le métier de femme qui est à revoir. 

Enfin, tu as gardé en mémoire une phrase que tu juges bon de partager ici : "L'histoire de la civilisation peut se réduire à l'histoire de l'asservissement de la beauté féminine." Un constat qui, jusqu'à présent, semble révélateur et sans appel...


*il a appris l'hébreu pour ainsi pouvoir lire les Ecritures dans le texte.

mardi 14 mai 2013

La clôture des merveilles, de Lorette Nobécourt


Tu ne sais pas trop quoi dire. Ni comment ni pourquoi tu sens que le livre est une invitation au voyage, et que tu te trouves disponible à vivre l'expérience Hildegarde de Bingen. Tu t'engages donc dans La clôture des merveilles, de Lorette Nobécourt, corps et âme. Il n'y a pas d'autre voie. 

Tu la rencontres à huit ans. Elle est offerte à Dieu. C'est comme répondre à un appel lancé plus tôt, il ne lui manquait alors que l'intelligence de pouvoir le comprendre. Plus tard, dans le silence et dans la joie, elle l'accueille de tout son coeur, de toute sa foi, de toute sa vie. 

Le texte te semble par moments prendre des chemins ombragés. Tu perds un peu tes repères, mais tu es poussé à poursuivre. Tu apprends vite qu'on ne résiste pas à l'aura d'Hildegarde de Bingen. 

Un feu l'anime et l'exalte, une lumière absolue. Ses intuitions l'élèvent et l'épanouissent : elle rayonne. Mais ce feu, c'est parfois trop pour son corps. Il lui faut l'extraire, elle va le diffuser par l'écriture.

Tu lui découvres un accès privilégié à la nature, et bien d'autres talents encore. Surtout, elle est directe, affranchie et - je te le concède - un brin illuminée. Tu es touché par ce portrait singulier qui est fait d'elle et tu commences à l'aimer, cette insoumise, celle qui n'eut qu'un seul mot d'ordre : promouvoir la vie. 



mercredi 8 mai 2013

Le garçon incassable, de Florence Seyvos



Au départ, tu ne comprends pas trop ce qu'il vient faire dans cette histoire, Le garçon incassable, de Florence Seyvos. D'ailleurs, tu dois avouer que tu sèches un peu. Buster Keaton, oui, l'acteur, Hollywood, tu penses savoir tout ça, mais tu n'arrives pas vraiment à le situer, et tu ne crois pas avoir vu un seul de ses films. Heureusement tu ne vas pas t'arrêter là. 

Tu avances sans repères. Tu te laisses porter par cette voix pudique qui te confronte maintenant à Henri. Henri est un drôle d'équilibriste, une allumette tordue qui suit clopin-clopant un fil de vie, d'émotions et de réactions qui ne tient qu'à lui. Henri est handicapé et cette rencontre t'anime, alors qu'elle aurait pu t'effrayer. Tu es conquis, tu t'accroches à lui. 

Tu oscilles désormais entre ces deux êtres fragiles et téméraires. Ce sont des hommes qui tombent, lancés par autant d'amour que de violence. Ce sont des corps solitaires, dont la principale défense est le rire. Tu comprends que ce sont eux, finalement, ces garçons incassables. Et pour toi, ils sont des héros magnifiques.